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Chorégraphie: Maurice Béjart |

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Il
y a un peu plus de trente ans au milieu de la surprenante musique de Berlioz
entrecoupée de bombardements et de bruits de mitrailleuses, un Frère
Laurent peu conventionnel s'écriait devant Jorge Donn et Hitomi Asakawa:
"Faites l'amour, pas la guerre !".
Aujourd'hui, Gil Roman, qui a à peu près l'âge de la création de mon "Roméo et Juliette", entouré de danseurs qui n'ont jamais vu ce ballet répond: "Vous nous avez dit: faites l'amour, pas la guerre. Nous avons fait l'amour, pourquoi l'amour nous fait-il la guerre ?".
Cri d'angoisse d'une jeunesse pour laquelle le problème de la mort par l'amour s'ajoute à celui des guerres multiples qui n'ont pas cessé dans le monde depuis la soi-disant FIN de la dernière guerre mondiale !
Mes ballets sont avant tout des rencontres: avec une musique, avec la vie, avec la mort, avec l'amour... avec des êtres dont le passé et l'uvre se réincarnent en moi, de même que le danseur que je ne suis plus, se réincarne à chaque fois en des interprètes qui le dépassent.
Coup de foudre pour la musique de "Queen". Invention, violence, humour, amour, tout est là. Je les aime, ils m'inspirent, ils me guident et, de temps en temps dans ce "No man's land" où nous irons tous un jour, Freddie Mercury, j'en suis sûr, se met au piano avec Mozart.
Un ballet sur la jeunesse et l'espoir puisque, indécrottable, optimiste, je crois aussi malgré tout "The show must go on" comme le chante Queen.
Maurice Béjart
Note:
Ce titre emprunté à Gaston Leroux dans son roman "Le Mystère de la chambre jaune" est un code secret du détective Rouletabille. Cette phrase qui fit les délices des surréalistes dans les années vingt n'a évidemment aucune connotation spéciale avec le contenu du ballet ! Je l'aime, c'est tout.
Extrait de "La vie de qui ?" Ed. Flammarion, 1996
Juin-Juillet 1996
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"C'était
juste avant ou juste après la mort de Donn. Freddie Mercury et Donn sont
morts au même âge. C'était deux personnalités très
différentes, mais avec une même rage de vivre et de se montrer.
Je trouvais qu'il y avait des correspondances (au sens où Baudelaire
emploie ce mot) entre Donn et Freddie Mercury.
Puis j'ai trouvé le chalet au-dessus de Montreux, je me suis assis devant
le paysage qui me fascinait, cette vue à perte de vue sur le lac Léman,
et quelques jours après est sorti le dernier album de Queen, celui qu'ils
ont fait après la mort de Freddie, et j'ai vu sur la couverture du CD
Made in Heaven exactement la vue que j'avais depuis mon chalet. Je suis extrêmement
sensible à ce type de coïncidences.
Ensuite j'ai lu des livres sur Freddie Mercury, sur sa vie. J'ai appris qu'il
était né à Zanzibar, qu'il avait vécu en Inde, qu'il
était d'origine iranienne, que sa famille appartenait à la secte
des parsis. Parsis veut dire "persans": ce sont les adorateurs de
Zoroastre-Zarathoustra qui sont partis pour Bombay au moment de l'invasion musulmane.
Le vrai nom de Freddie Mercury, c'est Farouk Bulsara. J'ai lu qu'il aurait été
enterré à Londres, après une cérémonie privée
conduite par des prêtres zoroastriens. Du coup, m'intéresser à
Freddie Mercury et à Queen m'a fait relire des textes d'Henry Corbin.
Ce ballet se trouve lié à plein de sentiments qui me "parcourent"
en ce moment. Je le vois comme un ballet joyeux, ni sinistre ni défaitiste.
Si je ne dis pas que c'est un ballet sur la mort, le public ne s'en apercevra
pas. Inspiré par Freddie Mercury et par Jorge Donn, ce ne sera pas un
ballet sur le sida, mais sur les gens qui sont morts jeunes. Je ne veux pas
dire qu'ils sont morts trop tôt, parce que je ne suis pas sûr que
les choses arrivent trop tard ou trop tôt, elles sont comme elles doivent
être. Je mettrai entre les pièces de Queen quelques pièces
de Mozart au piano, ou des pièces instrumentales, mais pas de voix, parce
que tous les morceaux de Queen sont chantés. Mozart est aussi quelqu'un
qui est mort jeune, à trente-cinq ans, dix ans plus tôt que les
deux autres: Freddie et Donn sont morts à quarante-cinq ans.
Voilà. Je travaille sur tout ça, j'approfondis, je tâtonne,
je regarde les vidéocassettes de Queen, j'écoute systématiquement
tous leurs disques, je compare des enregistrements différents du même
morceau, et j'ai un faible pour les enregistrements live. Quand ils enregistrent
en studio, ils sont plus lents, moins portés par le public.
Comme je voulais prendre un titre qui n'évoque rien, et que je relisais
Gaston Leroux, j'ai pris le mot de passe de Rouletabille dans Le Mystère
de la chambre jaune: " Le presbytère n'a rien perdu de son charme,
ni le jardin de son éclat ". On m'a dit que c'est une phrase qui
avait été repérée par les surréalistes et
qui était déjà en circulation occulte à ce moment-là.
C'est en effet une phrase qui ne veut rien dire mais qui est très attirante,
très belle poétiquement.
Je veux que les costumes soient blancs, entièrement blancs. Je les ai
demandés à Gianni
Versace. En blanc, on peut faire des formes extravagantes, il y aura toujours
une rigueur. Un des cadeaux que m'offre cette nouvelle création, ce sont les
retrouvailles avec Gianni. Il y a longtemps que nous n'avons pas travaillé
ensemble (longtemps, c'est-à-dire quelques années). J'aime travailler
avec lui parce que son enthousiasme, sa ferveur, sont communicatifs. Plus de
cent boutiques portent son nom dans le monde entier, mais ce n'est pas ce qui
m'intéresse, et je me demande si c'est ce qui l'intéresse le plus,
lui... Dès que nous commençons de travailler, il a les angoisses
et les minuties d'un débutant. Moi aussi. C'est un des secrets de notre
amitié".
Maurice Béjart

références musicales
|
It's A Beautiful Day (Queen) |
You Take My Breath Away (Freddie Mercury) |