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Chorégraphie: Maurice Béjart |
C'est aux alentours de 1950 que remonte la première création de Maurice Béjart sur des chansons d'Édith Piaf. À la demande d'un producteur de cinéma suédois, au reste époux de la danseuse Ellen Rasch, il participe à un court-métrage intitulé "l'Inconnu". Dans la foulée, nouveau tournage: sous le titre "l'Oiseau de Feu", cet essai prometteur est développé en un long-métrage commercial. Il narre les amours tumultueuses d'une danseuse étoile, Ellen Rasch, et d'un chanteur incarné par Tito Gobbi.
Béjart utilise un pot-pourri de mélodies popularisées par Édith Piaf et réorchestrées par un compositeur suédois. Il aborde parallèlement l'univers musical de Stravinski. C'est son premier contact avec "l'Oiseau de Feu" dont il donnera une version totalement différente, près de vingt ans plus tard, à l'Opéra de Paris.
En 1954, à l'occasion de la première saison parisienne du Ballet de l'Étoile, Maurice Béjart reprend "l'Inconnu" qu'il étoffe, complète, puis ...oublie.
"Il y a quelques années, j'ai voulu refaire un ballet sur des chansons de Piaf. Mais cette fois, je souhaitais qu'il évoquât le personnage même de Piaf. J'ai même commencé à travailler avec Marcia Haydée. Manque de temps, insatisfaction devant les premiers résultats... : j'ai rapidement abandonné ce projet".
L'idée pourtant germe dans son esprit. Et en 1988, Béjart approche plusieurs danseuses à cet effet, parmi lesquelles Lynn Charles et Marcia Haydée à nouveau. Mais il réalise vite que prétendre mettre en scène Édith Piaf est illusoire. Ne serait-ce que parce que cette immense artiste bénéficiait d'une telle présence qu'elle n'avait nul besoin de bouger. Il lui suffisait de lever le regard, d'ouvrir les bras... Au surplus, elle était petite, plutôt massive. Une danseuse ne peut rendre crédible un tel personnage.
Pour cette raison, Maurice Béjart renonce à mettre en scène la chanteuse elle-même. C'est au travers des hommes qu'elle a aimés, formés, lancés - et qu'évoquent nombre de ses grandes chansons - qu'elle apparaît dès lors. "le petit Homme"; "Mon vieux Lucien"; "Bravo pour le Clown"; "l'Accordéoniste"...
Dans le montage sonore, un extrait du "Bel Indifférent" de Jean Cocteau que Piaf joua au théâtre, rappelle l'amitié qui lia les deux artistes. La mort les emporta d'ailleurs à quelques heures d'intervalle, le 11 octobre 1963.
"Madame Édith Piaf a du génie, écrivit Cocteau. Elle est inimitable. Il n'y a jamais eu d'Édith Piaf, il n'y en aura plus jamais"
Jean-Pierre Pastori
Édith Piaf
Édith
Gassion, dite Édith Piaf, est née, dit la légende, sur les marches du 72, rue
de Belleville, à Paris, le 19 décembre 1915. Que d'autres sources affirment
que sa mère accoucha à quelques mètres de là, à l'abri, dans le couloir de la
maison... ne change rien au fait que Piaf, la môme Piaf, ainsi qu'on la surnomma
à ses débuts, a connu la misère de la rue avant de la chanter.
Remarquée en 1935 par Louis Leplée, alors qu'elle interprète "Comme un moineau", au coin de la rue Trayon et de l'avenue Mac-Mahon, elle peut quitter le macadam pour l'estrade du cabaret - à commencer par le Gernys - , puis pour la scène du music-hall: l'ABC, Bobina, l'Olympia... Son répertoire comprend alors des chansons des vedettes de l'époque: Damia, Tino Rossi, Marie Dubas. Mais sa voix exceptionnelle inspire rapidement les meilleurs auteurs et compositeurs, Marguerite Monnot "Milord", Raymond Asso "Le petit Monsieur triste" et Michel Emer "L' Accordéoniste" en tête.
Comme l'observent F. Vernillat et J. Charpentreau, "le public populaire trouve dans ses chansons l'expression des espoirs et des souffrances de la vie quotidienne, sans faire de partage entre son répertoire et sa vie personnelle, marquée par les succès et les drames". Sa réputation dépasse largement les frontières de l'hexagone. Édith Piaf est la coqueluche de New York.
S'intéressant à de jeunes chanteurs, elle se découvre une vocation de Pygmalion. Elle lance Yves Montand, Charles Dumont, Felix Marten, Paul Meurisse, Georges Moustaki; plus tard, Théo Sarapo, son cadet de vingt ans, qu'elle épousera. Mais dans sa vie comme dans ses chansons défilent beaucoup d'autres figures colorées: voyous, marins, soldats, coureurs cyclistes, boxeurs, jusqu'au plus grand de tous, Marcel Cerdan qu'un accident d'avion lui arrache en 1949. Victime de ses propres démons, atteinte dans sa santé, elle s'éteindra quatorze ans plus tard. Une foule immense viendra alors saluer sa dépouille mortelle.
"Le seul mot qui puisse remplacer le mot Paris c'est le mot Piaf"
Marlène Dietrich
"Je crois qu' il faut payer de larmes un véritable bonheur".
Édith Piaf
"Édith Piaf a cette beauté de l'ombre qui s'exprime à la lumière. Chaque fois
qu'elle chante, on dirait qu'elle arrache son âme pour la dernière fois."
Jean Cocteau
"Piaf, c'est d'abord une voix, immense, omniprésente, immortelle, qui dépasse
le temps et les frontières.
Quelle danseuse, quelle comédienne pourrait incarner Piaf? Elle est sans substance,
elle n'est qu'amour, que présence adorée et torturante de l'autre.
Traversant les miroirs de la solitude, elle se jette dans les bras de l'autre,
chaque fois un autre, le même, toujours. Les hommes - Elles les a découverts,
aimés, enfantés, sublimés. Les hommes sont sa force, sa joie, son éternité,
créés par elle, ils vivent grâce à elle, devenus tous, éternellement, Piaf."
Maurice Béjart
Références musicales:
L'ACCORDEONISTE Michel EMER
LE PETIT HOMME M. MONNOT - H.CONTET
C'EST UN GARS P. ROCHE - Ch. AZNAVOUR
BRAVO POUR LE CLOWN LOUIGUY - H. CONTET
MARIE LA FRANCAISE M. PHILIPPE-GERARD - J. LARUE
LES AMANTS D'UN JOUR M. MONNOT - DELECLUSE - SENLIS
LA FOULE A. CABRAL - M. RIVGAUCHE
MON MANEGE À
MOI N. GLANZBERG - J. CONSTANTIN
T'ES BEAU TU SAIS G. MOUSTAKI - H. CONTET
T'ES L'HOMME QU'IL ME FAUT Ch. DUMONT - E. PIAF
MON VIEUX LUCIEN Ch. DUMONT - M. RIVGAUCHE
NON, JE NE REGRETTE RIEN Ch. DUMONT - M. VAUCAIRE